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Ajakirja Le Français dans le monde igas numbris analüüsib tuntud lingvist Alain Rey ühte või mitut sõna. Siit leiate tema artikli sõna "frankofoonia" kohta (prantsuse keeles): Les mots du mois : Francophonie par Alain Rey (Le français dans le monde, n°338, mars-avril 2005, p. 16)
Le Sommet de la francophonie au Burkina Faso illustre la complexité de ce mot, formé avec deux éléments apparemment clairs, mais en fait ambigus, ou, au moins, complexes.
Ainsi, franco-, dans francophonie, ne concerne pas un pays, mais une langue, non pas ce pays, la France, qui a hérité du mot germanique Frank signifiant "homme libre", mais cette langue, élaborée à partir d'un ensemble de dialectes parlés dans le nord de l'ex-Gaule envahie par les Romains. Des créoles du latin, en quelque sorte, le français étant un créole normalisé. Cette langue, liée à une unification politique par la royauté, est actuellement parlée par de nombreux nationaux en Europe, Belges, Suisses et naturellement, les Français, en Amérique par d'autres communautés du Canada, tels les Québécois, les Acadiens, et aussi leurs descendants de Louisiane, les Cajuns (prononciation familière d'Acadiens) ; il s'agit toujours de langue maternelle. Quant à -phonie, cet élément venu du grec phonê "le son", il est dans francophonie, appliqué à la voix humaine modulée par une langue.
Si francophonie et francophone, les mots, apparaissent en 1880 grâce au géographe Onésime Reclus et ne sont usuels que depuis cinquante ans, la francophonie, le fait social, est ancien. En effet, le français de Gaule s'est diffusé dès le Moyen Age : vers le sud occitanophone mais aussi, grâce au Normand Guillaume le Conquérant, il se parle en Angleterre pendant quatre siècles. Et encore, par les expéditions militaires et religieuses de ce qu'on a appelé plus tard les Croisades, cette langue sera parlée autour de la Méditerranée, parfois déformée et simplifiée, mêlée à l'italien et à l'espagnol : la lingua franca. Puis viendra l'expansion coloniale, qui portera l'espagnol, le portugais, le néerlandais et surtout l'anglais, sur tous les continents, à côté du français.
Enfin, on parle de francophonie à propos du choix du français comme langue étrangère - à propos de la Roumanie, par exemple - ce qui est bien différent. Quant à la francophonie historique, ou post-coloniale, elle donne à la langue française un statut différent de celui de langue maternelle : celui d'un idiome second, qui peut être officiel ou non, mais qui fait partie d'un plurilinguisme nécessaire.
Ce phénomène donne au fait de parler une langue internationale plutôt qu'une autre, un caractère nouveau : choisir le français représente un enjeu culturel plus que linguistique - et aussi politique. Cette dimension politique de la francophonie n'est pas nouvelle : la lutte entre la langue anglo-saxonne - le futur anglais - et le français, du XIIe et XVe siècle, était elle aussi fortement politique. Aujourd'hui, c'est le spectre du colonialisme qui hante la francophonie du Tiers-Monde. Il s'agit maintenant de mettre en oeuvre l'égalité entre populations francophones et de ne jamais oublier ni inférioriser les langues maternelles : au Burkina, par exemple, le mossi, le malinké, le dioulé : il faudra bien un jour, parler de malinkophonie et de bien d'autres -phonies en contact...
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